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Publié le lundi 02 novembre 2020

Œuvre de novembre

Durant la période d’après-guerre, à partir des années 1920, l’expression « se faire tirer le portrait » prend tout son sens dans le milieu forain. Se présentant comme un stand de tir traditionnel, l’attraction, intitulée « tir photographique », était constituée d’un mécanisme photographique s’actionnant lorsque le plomb du tireur touchait un clou légèrement incliné, planté au centre de la cible et déclenchant un appareil photographique qui fixait instantanément le moment d’un coup de flash. Plutôt que de gagner un quelconque lot, le tireur repartait avec son portrait en pleine action, le fusil en joue.
 
Comme c’est le cas dans cette œuvre du mois – en témoigne la photographie présente dans la main de la dame –  il arrivait souvent que le même tireur s’essaie à atteindre la cible plusieurs fois d’affilées, telle une véritable addiction. Faisant  quelquefois perdre patience aux personnes l’accompagnant, lesquelles, parfois, jouaient le jeu en sachant qu’elles seraient également présentes sur la photographie. Elles guettaient le tir, tout en veillant à figurer parfaitement dans le cadre ou en profitant de la situation pour faire le pitre.

Ce type de photographie foraine, populaire mais peu documenté – par manque d’archives écrites –, a été mis à l’honneur par Clément Chéroux dans une importante et très belle exposition Shoot ! La photographie existentielle lors des Rencontres de la Photographie à Arles en 2010. Dans sa note d’intention, le commissaire revient sur le vocabulaire du dispositif de l’appareil photographique qui est proche de celui du fusil. Outre « tirer » (le portrait), de nombreux termes tels « recharger, viser et shooter » sont semblables à ceux utilisés dans un contexte de prise de vue. Plus curieux encore, comme le souligne toujours Chéroux, il y a également dans le dispositif de ces tirs photographiques, un caractère métaphorique qui permet de se faire exister par un coup de feu qui vous fait apparaître photographiquement tout en vous détruisant symboliquement. Duel avec soi-même où le protagoniste devient son propre exécuteur, menant au vertige de son autodestruction… par plaisir. Plaisir narcissique également de se faire photographier dans un moment d’action. Et puis, plus simplement, le plaisir du jeu, du loisir, de l’ambiance foraine et des ces jeux de tirs (photographiques), auxquels ils ont été nombreux à s’essayer jusqu’aux années 1970.

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Sans titre, ca 1930. Épreuve à la gélatine argentique, tirage d’époque. Collection Musée de la Photographie, MPC 2007/73.