23/05/2026 - 27/09/2026
dans la salle
Vernissage : 23 mai à 18h30
Marcel Bascoulard
La photographie a souvent cherché ses figures singulières, ses artistes marginaux à la manière des Douanier Rousseau, Facteur Cheval ou Aloïse, pour enrichir ses catégories. Pourtant, ce n’est pas avec Marcel Bascoulard qu’elle trouvera sa « photographie brute ». Loin d’être un autodidacte, cet homme érudit, poète et ancien élève d’une école d’art, a mené une existence hors du commun, marquée par une quête artistique et personnelle.
Installé à Bourges, ville du Cher qui tolère ses excentricités, Bascoulard a illustré ses rues à l’encre de Chine et au pinceau, parcourant ses quartiers sur un tricycle bancal. Sa vie, marquée par deux tragédies – le meurtre de son père par sa mère lorsqu’il avait moins de vingt ans, et son propre assassinat en 1978 – reste une énigme. Pourquoi cet homme, qui troquait ses œuvres contre de la nourriture sans chercher à les exposer, s’est-il tourné vers la photographie et l’autoportrait ? Pourquoi ces tenues excentriques – jupes, chasubles, chapeaux – qu’il confectionnait ou assemblait, et qui semblent être au cœur de ses clichés ? Était-il un couturier improvisé, créant un catalogue de mode dont il était à la fois le modèle et le metteur en scène ?
Pendant trente ans, Marcel Bascoulard a exploré son image à travers un protocole rigoureux. Ses autoportraits le montrent adossé à des feuillages, devant des murs délabrés ou dans des arrière-cours. Parfois, il prend place dans un salon bourgeois, vêtu comme une villageoise endimanchée, sacoche au bras. Toujours, il semble chercher à capturer une essence de lui-même, un dialogue silencieux avec son propre reflet.
Si l’on peut être tenté d’associer son œuvre à celle de Cindy Sherman ou Claude Cahun, les comparaisons s’arrêtent vite. Contrairement à Sherman, qui se dissimule derrière des masques, Bascoulard ne cherche pas à disparaître. Et, à la différence de Cahun, il ne semble pas interroger les notions de genre ou d’identité. Ses autoportraits, loin d’être une quête narcissique, pourraient plutôt être l’expression d’une solitude profonde, choisie dès ses vingt ans. En se photographiant, il semble vouloir exister pleinement, loin des conventions sociales, dans un espace où il peut être lui-même.
L’œuvre photographique de Marcel Bascoulard, longtemps négligée au profit de ses dessins, a failli disparaître. Conservée dans des conditions précaires, elle a survécu malgré les déménagements et les aléas de la vie. Certains négatifs sont perdus à jamais, et des tirages ont été sauvés in extremis des flammes. Pourtant, cette œuvre fragile et miraculeusement préservée nous offre un regard unique sur un artiste qui, malgré une vie tragique et marginale, ne pouvait sombrer dans l’anonymat.
Marcel Bascoulard nous invite à réfléchir sur l’identité, la solitude et la manière dont l’art peut devenir un refuge, un espace de liberté. À travers ses photographies, il continue d’exister, nous laissant entrevoir les fragments d’une vie hors du commun.
Photographe, dessinateur et poète, artiste marginal à l’exemple de son existence, Marcel Bascoulard (1913-1978) aime à se vêtir en femme, réalisant de nombreux autoportraits où il pose dans les tenues qu’il a confectionnées. Ce « clochard magnifique », irrégulier de la photographie, sera assassiné à Bourges en 1978.
Avec le soutien de l’ambassade de France en Belgique et de l’Institut français. Dans le cadre d’EXTRA, programme de soutien à la création contemporaine française en Belgique.

Exposition et catalogue en collaboration
Musée de la Photographie & Galerie Christophe Gaillard (Paris, Bruxelles)
Avec le soutien de l’ambassade de France en Belgique et de l’Institut français. Dans le cadre d’EXTRA, programme de soutien à la création contemporaine française en Belgique.
Commissariat
Camille Gouget et Xavier Canonne

