Publié le mercredi 01 juillet 2026
L’œuvre du mois de juillet
À l’automne dernier, lors de déambulations dans les allées de la foire Paris Photo, une série d’images de Fred Herzog a particulièrement séduit le Service Collection du Musée. Attrayantes par leurs couleurs vives, ces photographies offrent une plongée dans le Vancouver d’une autre époque.
Fred Herzog (né Ulrich Herzog) grandit à Stuttgart dans une famille de la classe moyenne marquée par la guerre. Après avoir perdu sa mère très jeune et vu sa maison et l’usine familiale bombardées, il découvre la photographie en autodidacte en héritant d’un appareil de son oncle. Il émigre au Canada en 1952, s’installe à Vancouver en 1953 et fait de cette ville le sujet central de son œuvre. Pour subvenir à ses besoins, il travaille d’abord sur des navires au départ de Vancouver et nourrit sa passion pour la photographie en collectionnant magazines et livres d’artistes.
Herzog trouve un poste de photographe médical en 1957 et prend la tête du département des communications biomédicales de l’Université de Colombie-Britannique en 1961, qu’il dirige jusqu’à sa retraite en 1990. Il y enseigne également la photographie de manière occasionnelle. Mais ses photographies les plus importantes restent issues de son travail personnel. À une époque où la photographie artistique est dominée par le noir et blanc, Herzog choisit la couleur. Insatisfait par les tirages couleur du milieu du XXᵉ siècle, qu’il juge ternes et peu fidèles, il privilégie la diapositive Kodachrome, seul support capable, selon lui, de restituer la lumière et l’intensité chromatique de la ville. Longtemps restées à l’état de diapositives, ses photographies ne seront pleinement reconnues que tardivement, lorsque les progrès d’impression permettront enfin d’en révéler toute la richesse.
Inscrit dans la tradition de la photographie de rue, Herzog saisit la vie quotidienne sur le vif, privilégiant les images des passants, les gestes ordinaires et les scènes urbaines spontanées. Son attention se porte aussi sur les lieux qui façonnent l’identité de Vancouver, immortalisant les vitrines, les enseignes et les façades de magasins, les publicités et les voitures. Ses sujets sont souvent issus des classes populaires et des quartiers ouvriers.
En célébrant la vitalité des quartiers populaires et de leurs habitants, Fred Herzog livre un témoignage sur la vie urbaine de Vancouver des années 1950 jusqu’aux années 1970. Il est aujourd’hui considéré comme un précurseur du mouvement attaché à la reconnaissance de la couleur dans la pratique artistique, aux côtés de photographes tels que William Eggleston, Joel Meyerowitz et Stephen Shore. La première exposition solo de Herzog, à la Vancouver Art Gallery en 2007, lorsqu’il avait 76 ans, rencontre un grand succès critique et contribue à mettre en lumière la place essentielle qu’il occupe dans l’histoire de la photographie.

